Advantage+, PMax, tracking, créa : ce que je confie à l'algorithme et ce que je garde
Les plateformes publicitaires ont un message clair depuis quelques années : faites-nous confiance. Utilisez nos campagnes automatiques. L'algorithme connaît vos clients mieux que vous.
Je suis en grande partie d'accord. J'ai passé des années à tester les deux approches côte à côte et dans la majorité des cas, l'IA gagne. J'aurais voulu que ce soit plus nuancé. Ce ne l'est pas.
Trois lectures possibles selon à qui vous parlez
- Les plateformes : « La campagne IA est la meilleure. Augmentez le budget. »
- Les agences : « Elle est meilleure, mais elle doit être bien pilotée. »
- Les annonceurs : « Ce qui compte c'est la créa. »
Les trois ont raison. Ce qui est difficile c'est de trouver où se situe votre compte sur cette échelle.
« Faire confiance à l'algorithme » ne veut pas dire lui donner les clés sans regarder. Voici trois constats sur ce que ça donne en pratique.
1. Advantage+ tient ses promesses. PMax, pas encore.
Deux précisions pour ceux qui ne sont pas familiers avec ces outils. Advantage+ est le système de campagnes automatisées de Meta : il gère lui-même le ciblage, les placements et l'optimisation à partir de votre créa et de vos objectifs. PMax est l'équivalent chez Google : il diffuse sur l'ensemble des inventaires Google (Search, YouTube, Display, Gmail, Maps) depuis une seule campagne.
Pendant longtemps j'ai fonctionné avec une règle : sur 100 € de budget, 70 en automatique et 30 en manuel (lookalike et broad). Un filet de sécurité.
À chaque test, la campagne automatique sortait gagnante. J'avais beau me dire que Meta attribuait plus facilement les résultats à sa propre campagne IA — c'est une vraie question — les chiffres étaient là. J'ai arrêté de résister.
Sur Meta aujourd'hui je laisse Advantage+ gérer l'audience et les placements. Je vois une corrélation claire entre hausse du budget sur ce type de campagne et résultats réels côté client. Ce que je garde : la créa. C'est elle qui qualifie les personnes que l'algorithme va retenir.
Advantage+ pousse à augmenter les budgets tout en maintenant des CPMs corrects. À un certain volume on passe un seuil et les rendements se dégradent. Il faut le voir avant de l'avoir dépassé.
PMax sur Google c'est une autre histoire. J'ai un client dans l'immobilier. J'ai laissé tourner PMax avec un budget modeste. Conversions déclarées : impressionnantes. En creusant dans les placements, presque tout venait de campagnes mobiles sur des applications bas de gamme. Des clics qui n'aboutissaient à rien.
Dès que j'ai contraint les placements, les résultats ont suivi. Mais ça demande du temps et de l'expertise. PMax livré à lui-même part immédiatement dans les emplacements les moins chers, pas les plus utiles.
Advantage+ donne de bons résultats avec peu d'intervention. PMax exige d'être tenu court sinon il hallucine. Ce n'est pas la même philosophie d'utilisation.
2. Quand l'IA prend la main, le tracking devient critique
En ce moment je refais le tracking de trois clients en parallèle. Ce n'est pas une coïncidence.
Plus vous déléguez à l'algorithme, plus la qualité de la donnée que vous lui envoyez devient déterminante. Si le signal est pollué (commandes à 0 € comptées comme conversions, clics accidentels sur mobile, événements mal configurés), l'IA optimise pour reproduire exactement ça.
C'est l'angle mort le plus important de toutes ces plateformes. Même les outils IA les plus avancés s'embourbent très vite sur un audit de tracking. Il y a des dizaines de configurations possibles selon la plateforme, le CMS, le CMP. C'est quasiment infini et ça ne va pas se simplifier.
Le tracking n'est plus un projet qu'on fait une fois et qu'on oublie. Comme le site, c'est quelque chose de vivant qu'il faut entretenir. Si j'étais annonceur aujourd'hui, c'est là que j'investirais en priorité, avant les créas, avant le budget.
Un bon tracking ne garantit pas de bons résultats. Un mauvais tracking garantit de mauvais résultats, même avec les meilleures créas et le meilleur budget.
3. La créa, c'est là où vous passez le plus de temps
C'est la créa qui définit l'audience, pas le ciblage. Ce que vous montrez attire les personnes que ça concerne. L'algorithme suit.
L'IA aide sur beaucoup de choses : le montage vidéo, les déclinaisons, les variantes de texte. Mais elle donne de meilleurs résultats quand vous partez d'une captation propre, originale, qui vous appartient. Les tests que j'ai faits sur des créas entièrement générées par IA donnent souvent les mêmes résultats : les vidéos se ressemblent, elles manquent de personnalité.
Les plateformes vous poussent aussi à leur laisser optimiser vos créas : texte, image, vidéo, musique, CTA. Pour une marque avec une identité visuelle claire, j'ai souvent eu de mauvaises surprises. Mauvais ton, mauvais positionnement, créas mal cadrées.
C'est le sujet sur lequel il faut passer le plus de temps, pas parce que l'IA ne peut rien faire, mais parce que c'est là que votre différence se joue.
En résumé
Laissez les plateformes choisir les placements et les audiences, avec vigilance sur PMax. Traitez le tracking comme un chantier permanent. Investissez du temps en captation photo et vidéo.
Donnez-leur un signal propre et une créa qui a quelque chose à dire. Regardez de près ce qu'ils font avec votre budget.
Et comme je viens de le lire sur un blog américain : « Don't pay Meta to train its algorithm for free. » Il n'y a rien à dire, ils sont forts en punchline les Américains quand même.
15 ans en marketing digital. Ex-Quitoque, Cajoo, Respire. Aujourd'hui je pilote les stratégies marketing & data des écoles avec Talyco — et j'écris ce que j'observe sur les comptes réels.